l'image rétinienne et de fait le fonctionnement de la chambre noire au fonctionnement de l'œil. Ils séparent tous deux dans un premier temps le problème d'optique du problème de physiologie. La perception visuelle se trouve ainsi définie comme un acte de représentation :

«UT PICTURA, ITA VISIO.» (la vue est comme la peinture) [113]

Mais les motivations de l'auteur de cette remarque, Johannes Kepler (1571-1630), étaient de comprendre la spécificité de la chambre noire comme instrument d'observation, en particulier les erreurs que son utilisation engendrait dans l'observation des astres (Les distorsions entre autres). Dans ce projet, l'étude du fonctionnement de l'œil devenait également incontournable, la vue était-elle fiable et concomitamment pouvait-elle être une source de connaissance? Il s'agissait pour lui de poser les bases de la méthode expérimentale des sciences de la nature, d'où pour lui l'importance de confronter, à chaque étape, les hypothèses avec les données expérimentales. Pour Lacan et surtout Marx, le problème est tout autre : la vue pour eux est fiable mais le regard l'est beaucoup moins. Le regard, pour aller vite, c'est le voir plus l'idéologie [114] qui préside à la construction de la représentation. La prise de conscience qui est le phénomène recherché par



[113] Kepler Johannes, Les Paralipomènes à Vitellion, les fondements de l'optique moderne, 1ère éd. 1604, traduction française Catherine Chevalley, Vrin, Paris, 1980.

Marx est la dialectique entre la représentation mentale et la représentation figurée.



[114] L'interprétation d'une représentation renvoie au caractère préformé de structures sociales inconscientes qui influencent en interférant en retour la perception de cette représentation. En d'autres termes la représentation traduisant et légitimant son cadre idéologique ne correspond pas forcément à la structuration ou à l'énonciation du réel lui-même. L'idéologie assujettit en quelque sorte le réel à la réalité.

[115] Extrait de l'Essai sur la peinture. De l'usage de la chambre noire, par Algarotti Francesco (1712-1764) :

«On ne doit point être surpris si par des moyens d'une pareille machine, on parvient à distinguer les objets d'une manière bien plus exacte qu'avec la simple vue. Lorsqu'on jette les yeux sur un objet pour le considérer, il est environné de tant de choses qui se peignent en même temps dans l'œil que l'on ne saurait apercevoir distinctement toutes les modulations de sa couleur et de la lumière qui l'éclaire ; elles nous paraissent indécises et la plupart sont perdues pour nous. Dans la chambre optique, la vue se porte au contraire seulement sur l'objet qu'on lui présente, toute autre lumière que celle qui l'éclaire disparaît.»

Présenté par Hamou Philippe, La vision perspective (anthologie de textes 1435-1740), Petite bibliothèque Payot / classique n° 238, Paris, septembre 1995, p. 217.

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