L'espace photographique (le représenté) peut également se combiner avec l'espace de représentation, il suffit comme le fait par exemple Ilan Wolff (Israël, 1955- ) d'incorporer dans la vue de grand format du monde extérieur d'une chambre noire (sa voiture ou son atelier) des éléments de ce monde de l'intérieur de la boîte, des objets ou des personnes, qui viennent se fondre avec l'image de l'extérieure sur le papier sensible pendant l'exposition, Wolff nomme cette technique le sténogrammeTour Eiffel, 1999, coll. de l'artiste, contraction de sténopé et de photogramme.

L'idée de la première tendance que la similitude du mécanisme du sténopé et de l'œil puisse servir à l'un pour photographier et ainsi faire advenir ce que voit le second pourrait bien trouver son aboutissement dans l'idéal de la seconde c'est à dire la construction d'un appareil qui photographierait l'intérieur de lui-même. Cette idée pour saugrenue qu'elle puisse paraître reviendrait ni plus ni moins à exprimer par analogie ce que l'inconscience est à la conscience en psychanalyse. Steven Pippin ( Angleterre, 1960- ) proposait une telle expérience en 1994 avec son projet Addendum :

«La galerie d'exposition idéale est vide, immense et impeccablement éclairée, la blancheur immaculée des murs trouvant sa correspondance dans une excellente insonorisation. Addendum constitue l'autoportrait d'un tel espace : c'est la photographie de la tranquillité de cet espace faite par l'espace lui-même.» [100]

Pippin pour ce faire, a transformé la moitié

de la galerie en sténopé et replacé la photographie ainsi obtenue à la place du sténopé. Histoire pour lui de placer «la galerie contemporaine face à sa vanité» et pour nous de conclure l’étude de notre problématique.

Mais profitons cependant de Pippin pour aborder l’aspect hétéroclite et souvent unique des sténopés utilisés par les artistes de la photographie pauvre. Pippin s’ingénie à convertir tout objet du quotidien pour peu que celui-ci ait une cavité. Ainsi, ce sont des baignoires, des machines à laver, des hangars et des WCThe Continued Saga..., exp. N°6, 1993, coll. de l'artiste qui se sont vus transformer en appareils de prises de vue, avec comme preuve de son succès une photographie faite avec les objets susnommés :

«Une cuvette de WC a été transformée en appareil-photo à bord du train des lignes British Rail voyageant de Londres à Brighton. Une pièce en aluminium est ajustée sur le rebord de la cuvette. Spécialement conçue, celle-ci réunit l’objectif, l’obturateur ainsi qu’un joint en chambre à air tenant le tout en place une fois gonflé (à l’aide d’une pompe à vélo) et empêchant en outre la lumière du jour de pénétrer dans le dispositif. L’opérateur quitte alors son pantalon afin de charger le papier photo, enfilant ses bras dans les jambes comme dans un manchon de chargement. Une fois la photo prise, la chasse d’eau est tirée (mais pas



[100] Pippin Steven, Discovering the secrets of monsieur Pippin, F.R.A.C. du Limousin / The British Council, 1995, p. 30.

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