tableau percé puis la généraliser en effectuant la reproduction de la place de la Seigneurie. Selon cette hypothèse Brunelleschi aurait créé effectivement un modèle de rendu perspectif exemplaire (de géométrie optique pourrions-nous ajouter) et certainement élaboré à partir de celui-ci sa propre méthode empirique de construction mais d'une manière collatérale à un projet à l'origine plus modeste de recherche d'un nouveau procédé d'arpentage. Il n'en demeure pas moins que ces deux petits tableaux de part leur mode de construction original sont à l'origine de la distinction entre perspectiva naturalis définie comme science de la vision par opposition à la nouvelle perspectiva artificialis définie comme science de la représentation artistique bien qu'en réalité il s'agisse plus de l'extension du champ scientifique de la perspectiva naturalis à l'artistique. Une question reste pour nous pourtant en suspend, Brunelleschi avait-il la pleine conscience de la définition du plan pictural comme intersection ? Nous sommes enclin à penser qu'il ne maîtrisait pas le concept de pyramide visuelle, et qu'il délégua à d'autres plus compétents que lui concernant ces questions le soin d'articuler pour la compléter sa méthode empirique à l'optique géométrique afin qu'elle devienne une science de la représentation à part entière. Il n'en demeure pas moins qu'il aurait été ainsi le premier à utiliser la chambre noire pour décalquer les tableaux de la nature, en d'autres termes à l'utiliser comme machine à dessiner.

L'appareil photographique étant le descendant direct de la chambre noire, la filiation de la photographie à la peinture compris comme la reprise exacte de cette tradition représentative se confirme mais pas dans le sens que la plupart des historiens lui donne. L'instauration par Brunelleschi d'un point de vue au créateur/spectateur est l'avènement d'un moi-ici c’est à dire d'un rapport de/par soi dans l'espace. Nous remarquons d'ailleurs à ce propos que la prégnance des données spatiales éclipse totalement les données temporelles. La description de Manetti en fait fi [93], et c'est ici que nous voyons la vraie filiation, celle d'un manque intrinsèque qu'il s'agira à la photographie de combler en ancrant (fixant) la présence de ce moi-ici dans le temps.



[93] Les ombres étaient-elles représentées? Le seul aspect temporel était la présence de l'argent bruni qui reflétait les nuages.

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