La distance idéale du miroir au tableau serait donc la distance du baptistère à l'église réduite au 1/200e soit environ un quart de brasse pour une distance effective de 57 brasses, ce qui correspond dans le système métrique à une réduction de 33 mètres à 16,5 centimètres.

La mise en œuvre du dispositif du tableau percé nécessitait de plus pour réussir une localisation spatiale précise :

«Pour que l'on ne se trompât point dans la vision de l'œuvre, le peintre dut imaginer un seul lieu d'où l'on pût la regarder, aussi bien en hauteur qu'en largeur, et également de biais et de loin, tant il est vrai qu'à tout déplacement, ce qui apparaît à l'œil change.» [86]

L'obligation pour le regardeur de se positionner exactement à l'endroit où a été peint le panneau s'explique par la nécessaire rigueur d’un protocole d’expérience : pour déduire la règle de la diminution apparente des objets en fonction de la distance du point de vue, il est impératif que l'axe optique de la chambre noire à sténopé soit parallèle au sol et les verticales de l'objet que l’on se propose de



[86] Antonio de Tuccio Manetti, opus cité, p. 63.

[87] Celui-ci copiant l'écran est en retrait au minimum de la distance du tirage mécanique de la chambre optique soit dans notre hypothèse 33 cm, de plus, son champ de vision n'est pas à trois brasses (1,74 m) de haut comme le regardeur mais plus bas aux alentours de 1,5 m selon la taille moyenne des hommes de cette époque.

représenter soient parallèles à l'écran. Les coordonnées spatiales du trou sont ici prépondérantes puisque c'est le centre de l'ouverture de la chambre noire et non la place du peintre décalquant l'écran [87] qui détermine le point de vue réel et auquel le point de fuite de la représentation (le trou du miroir) se substitut pour qu'il y ait effectivement correspondance entre les deux vues. C’est d'ailleurs pour cette raison que Manetti écrit :

«Il coucha les traits de cette église, telle que le regard l'aurait vue du dehors, et comme s'il s'était installé pour la représenter sur le vif (souligné par nous) à trois brasses environ à l'intérieur de la porte centrale de Sainte-Marie-de-la-Flore.» [88]

Nous avons remarqué plus haut que l'utilisation d'un miroir inverse l'axe horizontal de l'image. La réciproque de la construction avec une chambre noire implique d'inverser aussi l'axe vertical sur l'axe du point de vue (le trou du sténopé). Ainsi, la surface la plus importante de l'image se trouvait en dessous du trou avec pour principale conséquence, une diminution de l'angle de visée vertical de 5° (à amputer de la vue du dallage).

L'angle de champ relativement important de la chambre noire à sténopé qu'il a probablement utilisée, accentue le caractère hautement suggestif de l'inclinaison des pans



[88] Antonio de Tuccio Manetti, opus cité, p. 62.

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