l'œil comme support, attestant l'exactitude de la transposition du baptistère comme représentation, d'où la nécessité : «Qu'il y ait une ouverture, une fente, une vue, un regard», en d'autres termes pour Lacan, une fenêtre projective : «Elle est précisément dans cette structure fermée qui est celle qui nous permettrait de nouer les uns avec les autres tous ces différents plans, […]. Elle est ce quelque chose de troué dans cette structure.» [82]

Ce quelque chose de troué dans l'expérience de Brunelleschi est la marque de l'instauration d'un sujet regardant. L'expérience analytique de la pulsion scopique est ici déterminante, l'artiste explore l'espace et le rebâtit pour le représenter, le regardeur explore la représentation pour rebâtir le représenté. L'un va du monde «solaire» au monde «scopique» et l'autre effectue le chemin inverse, dans l'un comme l'autre cas il s'agit bien d'un regard qui se pense. Le regard participant ainsi à une progression d'idéalité socialisée [83]. Sous lui, le réel converti en une structure mathématique intelligible et mesurable est appelé à fusionner avec sa reproduction dans le semblant d'un reflet.



[83] Ici apparaît l’introduction d’un champ social dans le champ visuel.

[84] Selon Lacan le réel est notre limite matérielle, ce sur quoi nous nous heurtons, alors que la réalité est la version que nous nous donnons du réel, qui mêle imaginaire et symbolique.

Le réel selon la définition de Lacan laisse la place à la réalité [84].

L'utilisation du miroir nous renvoie également à l'une des conséquences de l'utilisation d'une chambre noire qui, respectant la propagation rectiligne de la lumière, produit une image qui apparaît inversée par rapport à l'objet qu'elle représente tant selon son axe vertical que son axe horizontal. L'une des manières de corriger l'inversion de l'axe horizontal est de regarder l'image dans un miroir. Jean-Pierre Huet nous faisait remarquer à ce propos qu'aucun des biographes ne précisait la position du regardeur par rapport au baptistère, était-il placé de dos ou de face ? L'hypothèse de la vérification conçue comme l'opération inverse de la méthode de construction, nous incline à penser que le regardeur était de face.

Enfin nous comprenons les minuscules brasses entre le tableau et le miroir dont parle Manetti comme des brasses réduites à une échelle autre que celle de la reproduction. En effet, écrit Jean-Pierre Huet :

«Le moindre défaut d'alignement du miroir empêche la superposition exacte de la tavoletta avec le paysage réel. […]. La position du miroir et ses dimensions sont déterminées graphiquement, il doit être placé exactement à la moitié de la distance de construction (f/2).» [85]



[85] Huet Jean-Pierre, opus cité, p. 6.

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