«En outre, il avait représenté face à l'église cette partie de la place que l'œil saisit aussi bien du côté d'en face de la Miséricorde jusqu'à la voûte et au coin des Pecori que du côté de la colonne du miracle de Saint-Zénobie jusqu'au coin de la Paille, aussi loin qu'on peut l'entrevoir; […].» [78]

Notre hypothèse à l'esprit reprenons le cours du texte de Manetti pour y puiser d'autres indices, et le passage des nuages retiendra toute notre attention, il écrit :

«En outre, ce qu'il fallait montrer du ciel, c'est-à-dire où les murs peints se profilaient dans l'air, c'était en argent bruni afin que l'air et le ciel naturels pussent s'y miroiter et, de la sorte, que les nuées y parussent poussées par le souffle du vent.» [79]

Une question ici s'impose : pourquoi Brunelleschi a-t-il usé du stratagème de l'argent bruni ? Un premier élément de réponse serait que la reproduction des nuages s'écartait de l'objectif de Brunelleschi, l'architecte, de définir les distances en fonction des grandeurs apparentes celles des bâtiments en particulier. Un autre, serait inhérent à la technique de la chambre noire, remarqué par Joël Snyder à propos du pionnier de la photographie, William Henry Fox Talbot :

«Imaginons-le en train d'esquisser le paysage qui s'étend sur les rives du lac de Côme. Il installe son appareil (sa chambre noire),



[78] Antonio de Tuccio Manetti, opus cité, p. 62.

[79] Antonio de Tuccio Manetti, opus cité, p. 62.

regarde attentivement le papier translucide disposé au plan focal et entreprend le décalque. Selon sa propre estimation, cette méthode « met à l'épreuve le talent et la patience de l’amateur qui voudrait reproduire tous les moindres détails visibles sur le papier».[…]. Rien de tout cela (les bateaux qui voguent, les badauds, les oiseaux, le vent dans les arbres) ne saurait le distraire de son œuvre. Imperturbable, il continue de reproduire l'image de la chambre noire comme si celle-ci était un paysage figé : espace naturel, mais d'une nature dépourvue de vie. Il est déjà assez ardu de reproduire les éléments stables du tableau, force lui est d'en exclure tous les signes d’animation. De la scène vivante qui se projette sous ses yeux, il ne demeure plus qu'une nature morte.» [80]

Et s'il s'agissait tout simplement de cela. La démonstration du dispositif du tableau percé par Manetti semble nous conduire au cœur même du procédé optique qu'il aurait pu utiliser, celui du sténopé. Nul besoin d'une optique sophistiquée telle une lentille convergente pour faire fonctionner sa chambre noire, un simple petit trou suffisait.

Le trou du tableau manifeste de Brunelleschi est semblable au sténopé (trou) de la chambre, il impose également un point de vue contraignant le spectateur à s'adapter à une visée.



[80] Joël Snyder, Pouvoirs de l'équivoque, fixer l'image de la camera obscura, Etudes photographiques, S.F.P., n°9, Paris, mai 2001, p. 17.

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