ce qui correspond à une distance totale de 57 brasses (33 mètres) [72]. En combinant ces distances avec l'angle optique vertical théorique de 90°, la hauteur qu'il aurait embrassée du regard serait d'environ 90 brasses à une distance de 57 brasses. Il voyait donc effectivement la totalité du baptistère tel «que le regard l'aurait vue du dehors». Ces dimensions sont à comparer avec le environ une demi-brasse (environ 29 cm) de côté du panneau et nous incline à penser que Brunelleschi ait opté pour un rapport de reproduction de cent fois moindres, en d'autres termes d'une échelle de réduction de 1/100ème. Nous pensons qu'il ne s’agit pas là d'une coïncidence mais bien pour Brunelleschi, de la volonté d'établir une base mathématique rigoureuse à son expérience dans le projet de la transformer en instrument de calcul. L'hypothèse souvent avancée par les historiens de la perspective de l'utilisation par Brunelleschi de l'intersecteur albertien, technique du voile quadrillé, trouve ici sa limite, car les résultats mathématiquement parlant de ce procédé ne pourraient engendrer à eux seuls une règle de construction de la perspective [73] dont, nous le rappelons, on lui attribue la paternité.

Devant l'insuffisance des explications et ayant lu le texte de Manetti avec le regard d'un photographe, il nous est apparu un bon nombre d'indices, suffisants nous semble-t-il, pour émettre l'hypothèse de l'utilisation par Brunelleschi d'une chambre noire.


Celle-ci aurait été de forme cubique [74] avec un tirage mécanique d’environ une demi-brasse, 33 cm pour être plus précis, qui permettait ainsi de respecter la réduction au 1/100ème [75]. A ce stade il est possible de valider cette hypothèse en calculant l'angle de champ de cette chambre noire [76].



[72] Au cours d'un voyage à Florence, nous avons pu nous procurer des documents à l'échelle et compléter ceux-ci lorsque cela était nécessaire, par des relevés métriques in-situ.

[73] Selon l'hypothèse de Pietro Sanpaolesi :

«L'invention de la perspective a peut-être pour origine la pratique du voile, déjà répandue chez les peintres : en interposant un réseau de mailles carrées entre l'œil et une vue de maisons ou un paysage, il incite à résoudre le problème du calcul de la distance. La relation géométrique existant entre le voile, qui quadrille le tableau au premier plan, et le point de fuite, sommet de la pyramide formée par la convergence de toutes les droites parallèles de l'espace (y compris à partir des nœuds du voile) - d'où une image tactile de la profondeur spatiale - est des plus stimulantes et peut donc avoir été décisive.» (Brunelleschi, sa vie, son œuvre, éd. ENSBA, Paris, 1985, p.70.)

[74] Elle-même intégrée dans une pièce obscure qui devait faire partie du cube de 6 brasses de côtés afin d'améliorer la lisibilité de l'écran en papier huilé du sténopé.

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