«J'ai enlevé la lentille d'un appareil photographique pour la remplacer par un unique diaphragme créé par perçage, à l'aide d'une aiguille à coudre. J'ai ensuite photographié une personne, et le résultat est à tous les points de vue plus réussi que dans la photographie classique. Contre toutes les règles, j'avais placé cet homme à contre-jour devant une fenêtre derrière laquelle, il y avait des pins au premier plan et des lacs et des forêts au second. L'homme est apparu très détaillé ainsi que les arbres en perspective sur toute la distance. J'ai renouvelé l'expérience en utilisant cette fois un objectif, mais en gardant le même temps de pose. L'homme apparaissait maintenant sans contraste ni détails, et plus aucune trace des arbres. Tout le paysage n'était réduit qu'à un arrière-plan saturé.» [51]

La particularité du sténopé mise en évidence dans cette description est de répondre exactement aux lois de l'optique géométrique en restituant une image orthoscopique, c'est à dire totalement dépourvue de toute déformation géométrique (la distorsion) due à la présence de lentilles. On obtient ainsi une image directe, sans aucun système optique et donc sans plan focal privilégié.



[51] Strindberg August, On the action of light photography, Reflection on the occasion of the x-rays, trans. by Jan-Erik Lundström, pinhole journal, vol. 4, april 1988, San Lorenzo, U.S.A. Traduit de l'anglais par François Erdocio et Nicolas Anquetil.

Dès lors la profondeur de champ est infinie, mais le temps de pose est très long.

L'explication physique de ce phénomène optique est due à la petite ouverture qui se comporte comme un obstacle à la propagation de la lumière conséquente à son mouvement oscillatoire. Il en résulte une perturbation qui diffracte la lumière pour former une image falote sur la paroi opposée au trou [52]. Le degré maximum de netteté de celle-ci, qui est en fait un compromis, se vérifie lorsque la valeur du diamètre du sténopé permet le passage (le croisement) théorique d'un seul rayon réfléchi pour chaque point du sujet. L'image ainsi produite respectant la propagation rectiligne de la lumière apparaît alors inversée par rapport à l'objet tant selon son axe vertical que son axe horizontal.

La profondeur de la boîte et les dimensions de l'écran translucide ou de la surface qui reçoivent l'image déterminent l'angle de prise de vue (l'angle de champ). Il peut atteindre 90° avec une surface plane et 160° avec une surface curviligne [53].



[52] Ce modèle optique participe de l'évolution du système visuel chez les espèces, le nautile pour s'orienter par rapport au soleil ne possède comme appareil visuel qu'un simple orifice sans cristallin.

[53] La mesure d'angle de champ permettant la formation d'une image avec un éclairage uniforme est de 40°.

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