qu'un peu de jour, entrant à l'intérieur, ne fasse tout manquer. Il faut laisser une seule lumière qui passera par un trou conique que l'on aura foré, la base tournée vers le soleil, la pointe du côté de la chambre. En face, on conservera le mur blanc ou on couvrira ce mur d'une toile ou d'un papier. On apercevra alors tout ce qui sera éclairé par le soleil, ainsi que les passants dans la rue, mais les pieds en l'air et ce qui est à droite sera à gauche. Tout sera renversé. Les images seront d'autant plus grandes que le papier sera plus loin de l’ouverture; mais si l'on rapproche le papier, elles deviendront plus petites. Maintenant je vais dévoiler une chose que j'ai toujours tue et cru convenable de taire. Si l'on veut voir toutes choses avec leurs couleurs, à la place du papier, qu'on mette un miroir [concave]. Non pas un miroir qui disperse les rayons, mais un qui les rassemble. Eloignez-le ou rapprochez-le jusqu'à ce que vous ayez trouvé la bonne distance où l'image est au centre du miroir et le spectateur, avec un peu d'attention, reconnaîtra les visages, les gestes, les mouvements des personnages…Il résultera de ceci que quelqu'un qui ignore l'art du peintre pourra dessiner à l'aide d'un crayon ou d'une plume l'image de n'importe quel objet.» [29]



[29] Giambattista Della Porta, Magiæ Naturalis sive de Miraculis Rerum Naturalium, vol. IV , Naples, 1558, deuxième chapitre, p.143. La description de Della Porta est inspirée de l'expérience d'optique du moine bénédictin Papnutio relatée par Caesar Caesariano,

Dans le livre XVII de l'édition en vingt volumes de 1589, Della Porta dévoile un autre secret, celui de l'abouchement d'un «cul de bouteille en cristal de roche» [30] à l'orifice pour améliorer la netteté. Bien que ce principe ait déjà été perfectionné avec la substitution, par un autre scientifique, Gerolamo Cardano (Pavie 1501- Rome 1576) d'une lentille convergente, à la fente ou au sténopé [31] dès 1550 [32], sur ce qui devient selon notre terminologie, la camera obscura :

«S'il vous plaît de voir ce qui se passe dans la rue quand le soleil brille, placez dans la fenêtre un disque de verre et, la fenêtre étant fermée,



Vitruvio de Architectura Libri Decem traducti de latino in vulgare da Caesar Caesariano, Côme, 1521, Livre 1, feuillet 23, verso :

«Si, dans une petite planche en bois de quatre à six pouces en carré, on creuse une cavité ayant le diamètre de deux pouces, et si l'on perce le centre de cette cavité d'un petit trou, et si l'on applique la planche au volet de la fenêtre d'une chambre qui ne reçoit d'autre lumière que celle s'infiltrant par le trou, on pourra, sur un écran en papier blanc, obtenir l'image en couleurs des objets extérieurs.»

[30] «Si crystallinam lentem foramini appones.»

[31] Le terme sténopé (Vue étroite en grecque) est utilisé indifféremment pour dénommer l'orifice ou la boîte elle-même.

[32] Cardan Jérôme, De la subtilité et subtiles inventions, l’Angelier, Paris, 1556.

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