intersection. Ces simulacres naissant du lieu illuminé par le soleil paraîtront proprement peints sur le papier, lequel doit être extrêmement fin et vu par derrière. Et que l'on fasse un petit trou dans une très fine plaque de fer. Les points a, b, c, d, e sont les objets illuminés par le soleil, et o r la façade de la maison dans laquelle est le trou en n m. s t est la feuille de papier interceptant les rayonnements des espèces en provenance de ces objets, ces images sont renversées car les rayons étant droits, a sur la droite devient k sur la gauche, et e sur la gauche devient f sur la droite. C'est la même chose qui se passe à l'intérieur de la pupilleIllustrations du Codex Atlanticus, Léonard de Vinci, vs 1483.» [27]



[27] Léonard de Vinci, Codex Atlanticus, Literary works, note 71, éd. Richter, Londres-New-york, 1932. Traduit de l'anglais par Philippe Hamou. Les carnets de Léonard de Vinci atteste, à de nombreuses reprises, de son utilisation d'une chambre noire pour ses recherches sur l'optique. B. S. Eastwood démontre page 445 de son ouvrage Astronomy and optics from Pliny to Descartes : texts, diagrams and conceptual structures, Londres, 1989, ce que devait sa conception de l'œil comme une chambre noire, à la théorie d'Alhazen. Les rayons lumineux pénètrent dans l'œil jusqu'au cristallin en ignorant de fait la rétine (cf. note 20). Il est à noter que cette note (manuscrit D, feuillet 8) commencée en 1483 à été (re)découverte et traduite par Venturi (1746-1822) à la fin du XVIIIe siècle.

L'usage de la chambre noire est expérimentale et l'explication de son principe physique relève encore de la fantasmagorie naturelle [28], lorsqu'un érudit napolitain, Giambattista Della Porta (1538-1615) compile dans son ouvrage Magiæ naturalis (quatrième tome de la première édition en quatre volumes de 1558, Naples) la plupart des connaissances sur les projections optiques de son époque. L'apport de cet ouvrage, outre une large diffusion due à de nombreuses rééditions, est la description fonctionnelle de la chambre noire à des fins de reproduction des tableaux de la nature, autrement dit de son utilisation comme machine à dessiner. Pour ce faire, il préconise d'ajouter un miroir concave pour redresser l'image, technique qu'il dévoile dans son traité tel un secret jalousement gardé :

«La manière d'apercevoir dans les ténèbres les choses qui, au dehors, sont éclairées par le soleil et avec leurs couleurs. Si quelqu'un veut voir cela, il faut qu'il ferme toutes les fenêtres et bouche jusqu'aux moindres ouvertures, de peur



[28] Dès le XIIIe siècle, des magiciens ou des montreurs de curiosités comme l'alchimiste Arnaud de Villeneuve (1238- Gênes 1314), utilisaient des chambres noires pour présenter des «spectacles animés». Les spectateurs étaient placés dans la pièce obscure pendant que des acteurs se produisaient à l'extérieur en jouant le plus souvent des scènes de guerre ou de chasse. Les bruits ou les cris des animaux étaient également entendus depuis l'intérieur.

Vous êtes ici : Le sténopé > page 7/16.