son De Scientia Perspectiva, Opus Majus [18], 1266-1267, malgré les réticences de l’Eglise [19].

Ses manuscrits bien que partiellement traduit à partir du XIIe siècle servirent cependant de fil d’Ariane aux recherches des perspecteurs médiévaux [20].



[19] En 1265, le pape Clément IV lui demande la communication de ses travaux scientifiques. Bacon rédige alors trois Opus (minor, major et tertium) entre 1265 et 1272 où il défend la nécessité d'une réforme des sciences à partir de nouvelles méthodes d'approche; de l'apprentissage des langues (grecque, hébreux, chaldéen et arabe), d'une valorisation des mathématiques, de la célébration de la scientia experimentalis et enfin d'une prise de distance avec la scolastique dans l'explication des phénomènes naturels (seule la raison permet d’éviter le conflit). Ses manuscrits parviennent au Vatican après la mort de Clément IV et suscitent le courroux du nouveau pontife Nicolas III. Il est condamné pour pratique de la magie et hérésie à quinze ans de prison en 1277 par le ministre général de l'ordre franciscain, Jérôme Ascoli (ce fait est contesté par certains historiens). Son condisciple, John Peckam ( Sussex 1230- Mortlake, Surrey 1292) adopta une attitude plus conservatrice, concernant le pouvoir absolu de Dieu à opposer à l'interprétation scientifique de son œuvre, qui permit à sa Perspectiva communis Libris Tres, Rome, vers 1277-1279, de devenir l'ouvrage de référence sur l'optique de cette période.

Un moine polonais, du nom de Vitellion (Erasm Ciolek Witeliusz, Witelo né vers 1230/1235- ? post.1277) s'en inspira très largement dans son propre traité d'optique, Perspectiva, 1272-1277 [21]. Il faudra pourtant attendre la publication de la traduction en 1572 à Bâle par Frédéric Risner de son ouvrage, Kitāb al manāzir [22] sous le titre Opticae thesaurus [23] pour qu'ils soient définitivement reconnus comme tels en Europe.

Légèrement postérieur à Alhazen, l'astronome chinois Shen Kua (1030-1094) dans son traité Meng chhi pi than (1086), s'interroge également sur le phénomène de la chambre noire et plus particulièrement sur les images qu'elle produit :

«Mais si son image [le vol d’un oiseau] est recueillie (comme une ceinture que l'on serre) à travers le petit trou d’une fenêtre, alors, l'ombre se déplace dans la direction opposée à celle de l’oiseau. L'oiseau vole vers l'est et l'ombre vers l'ouest, et vice-versa. Prenons un autre exemple. L'image d’une pagode, passant à travers un trou ou une petite fenêtre, est inversée après avoir



[20] De l'arabe en latin par Gherardo da Cremona (1114-1187) à Tolède en 1165.

[21] La description de la chambre noire apparaît au livre II.

[22] Pour notre sujet se reporter au livre I qui traite de la nature de la lumière et de la physiologie de l’œil.

[23] Suivi de Vitellionis thuringopoloni libri decem.

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