Constatant expérimentalement que la chambre noire mêle une image de l'ouverture et une autre de l'objet lumineux, il pu ainsi en déduire une relation de proportionnalité entre le diamètre du trou et la taille de l'objet observé qu'il exploita, entre autres, pour démontrer la propagation rectiligne de la lumière de l'objet à l'œil (et non le contraire [14]) qu'il nomma propagation sphérique en toute direction :

«Lorsque plusieurs bougies sont dans un endroit, dans des positions clairement distinctes, qu'elles ont été placées devant un trou débouchant sur une zone obscure et qu'en face de ce trou il y a un mur ou un objet qui n'est pas transparent, la lumière de ces bougies apparaît sur cet objet ou sur le mur, représente nettement leur ensemble, chacune en face d'une bougie et formant une ligne droite en travers du trou.» [15]

Les recherches novatrices d'Alhazen préfigurèrent l'usage de la méthode expérimentale dépourvue de préjugés dans l'étude des sciences que prônera à sa suite en Europe [16], son principal lecteur, le franciscain



[14] La théorie de la vision depuis Euclide (IIIe siècle av. J.C.) et Ptolémée (IIe siècle av. J.C.) était basée sur l'extramission des rayons lumineux c'est-à-dire que les rayons visuels partaient de l’œil et se dirigeaient vers les objets en se répartissant à l'intérieur d'un cône ayant l'œil comme sommet.

Roger Bacon (Ilchester, Somerset 1214- Oxford 1294) surnommé le docteur admirable [17] dans



[15] David Hockney, Savoirs secrets, les techniques perdues des maîtres anciens, Le Seuil, Paris, octobre 2001, p. 205.

[16] Son principal continuateur parmi les savants arabes est le Persan Kamâl al-dîn al-Fârisî (v. 1260- Tabriz, Iran 1320) qui développera entres autres l'exemple de la chambre noire dans son traité Al Tanqih (la révision) [de l'optique d’Alhazen].

[17] Roger Bacon est le disciple de Robert Grosseteste (Buckden, près de Huntingdon v. 1168/1175- Stradbroke, Suffolk 1253) qui fut l'initiateur à l'université d'Oxford des recherches sur la perspectiva naturalis dans son Compendium scientiae.

[18] Georges Potonniée, Histoire de la découverte de la photographie, 1ère édition, Paul Montel, Paris, 1925, réédité par Jean-Michel Place, Paris, septembre 1990, p.24, précise : «Examinant les lois de propagation de la lumière, Roger Bacon, au livre II, chapitre VIII, du traité,[p.358], De multiplicatione specierum (1267), inséré à la fin de l'Opus Majus dans l'édition de S. Jebb, parle d'un rayon de lumière passant par une ouverture quelconque et qui se projette toujours sous forme d'une tâche circulaire, surtout si l'ouverture est étroite. […]. Puis il trace une figure schématique […]. On y voit le soleil dont les rayons passent par une ouverture (foramem) et vont se peindre, en se croisant, son image sur la muraille (paries).»

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