Notre périple débute en Chine où une secte pacifiste, les mohistes (v. 479-v. 381 av. J.-C.), rédigèrent sous le pseudonyme de Mo Zi un ouvrage de vulgarisation scientifique, le Mo Jing [6], qui contient un compte rendu d'observation de ce qu'ils dénommèrent la chambre close du trésor :

«Le trou vide est un point qui permet l'entrée de la lumière, de sorte que la lumière des pieds, arrêtée en bas forme l'image en haut et la lumière de la tête, arrêtée en haut, forme l'image en bas, car un homme éclairé brille comme s'il émettait de la lumière.» [7]



[5] La perspective naturelle recouvre à l'origine trois sous-ensembles d'études de la lumière : la catoptrique (l'étude de la réflexion), la dioptrique (l'étude de la réfraction) et l'optique (l'étude du rayonnement direct). Cette division englobe également l'étude de la physiologie de la vision, qui est soit réfléchie, réfractée ou directe : «Visio fit trifaram. Recte, reflexe et refracte.» écrit par exemple, Alhazen [Ibn Al-Haytham, Abu Alī-Hasan], Kitāb al-Manāzir, XIe siècle, 1ère édition sous le titre de Opticae Thesaurus suivi de Vitellionis thuringopoloni libri decem par Frédéric Risner, Bâle, 1572, lib. IV, p. 102.

[6] Manuscrit redécouvert au XVIIIe siècle.

[7] Histoire générale des sciences, sous la direction de Renée Taton, tome 1, p. 193-194, PUF, Paris, 1966.

En Occident, Aristote (v.384-v.322 av. J.-C.) dans ses Problemata considère le phénomène de la diffraction [8] de la lumière comme une curiosité naturelle propice à un questionnement philosophique :

«Pourquoi un rayon du soleil en traversant une ouverture quadrangulaire comme un interstice entre le tressage d’une vannerie, ne produit-il pas une image de forme quadrangulaire, mais circulaire ?» [9]

Interrogation, qu'il réitère dans la première section du chapitre X du même manuscrit, appliquée cette fois aux projections optiques (les images écornées du soleil) qu'il est possible d'observer ou de provoquer dans la nature lors d'une éclipse:

«Pourquoi les rayons du soleil perçus pendant une éclipse à travers la frondaison d'un platane ou les doigts des deux mains entrecroisés projettent-ils des lunules sur le sol ?» [10]



[8] Diffraction : Phénomène dû aux déviations que subit la lumière passant par une très petite ouverture. La première désignation de ce phénomène se trouve dans l'ouvrage de Francesco Grimaldi, Physico mathesis de lumine coloribus et iridi, Florence, 1665.

[9] Aristotle, Problemata, trans. by W. S. Hett, bk. 15, chapter 911b1, pp. 3333-35, Harvard University Press, Cambridge 1936. Traduit de l'anglais par François Erdocio et Nicolas Anquetil.

[10] Aristote, Problèmes, livre XV.10, éd. Belles Lettres, Paris, 1994.

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