photographie au Massachusetts College of art à Boston. Pour expliquer les principes de la photographie, il choisit de transformer sa classe en chambre noire créant la stupéfaction chez ses étudiants, Morell reconnaît alors le potentiel de ce procédé et débute en 1991, une série de photographies qu'il dénomme «ce que les pièces voient».

«Je veux que mes images reflètent le temps où, la science, l'art, la philosophie et la religion étaient aussi proches que l'est un frère avec sa sœur.» [95]

Ce souhait de renouer le dialogue entres des disciplines qui semblent aujourd'hui étrangères est partagé par nombres d'artistes de la photographie pauvre, il est d'ailleurs un des traits caractéristiques de ce mouvement. Mais revenons à Morell, ou plutôt à sa pratique. Celle-ci à la forme d'un protocole : il choisit d'abord le point de vue en fonction de ce qu'il veut représenter, à partir de celui-ci il sélectionne une pièce d'un immeuble dont il obture les portes et les fenêtres avec du plastique noir avant de pratiquer un petit trou circulaire (3/8’’) en guise d'ouverture, de lien, avec l'espace extérieur. Il photographie ensuite l'écran (la pièce) [96] pendant un temps de pose compris entre huit heures et deux jours.



[95] Morell Abelardo, Abelardo Morell and the camera eye, museum of photographic arts, ISBN 1-878062042, U.S.A., 1999, cité par Gaston Diana dans son introduction (non paginé).

Il est intéressant de resituer son travail par rapport à l'existence souterraine de son enfance, et de l'obligation vitale pour lui d'aller à la rencontre avec son flot de désillusions de la culture du pays hôte pour pouvoir rapidement s'intégrer. A ce titre nous concevons l'expérience visuelle de ses chambres noires comme un poétique pied de nez à ce passé, ce n'est plus lui qui va vers cet espace (culturel) qui se donne à conquérir, mais bien l'inverse, l'espace vient à lui en temps réel dans son théâtre privé, où il a tout le loisir de faire rejouer la pièce selon son bon vouloir.

D'autres enfin effectuent au cours de flâneries photographiques, où souvent le moyen de locomotion sert également de chambre noire, un retour réflexif sur la pratique du sténopé elle-même, dans des œuvres qui ne sont pas sans évoquer la tendance impressionniste du mouvement Pictorialiste. L'exploration du monde par le duo belge, Véronique Felten (1950- ) et Christine Massinger (1947- ), participe de cet état d'esprit. Les vues colorées de la série Caravana ObscuraCentre Mercure, 1997, 102x223 cm, Galerie Michèle Chomette nées de la recherche de sensations visuelles objectives traduisent en effet, par un travail particulier sur la lumière et la composition, un état permanent de la nature.



[96] A la différence du purisme de Jérôme Schlomoff, qui recueille directement sur du papier sensible de grand format la vue ainsi obtenue.

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