Le paradoxe du trou de mémoire [le Sténopé]


Mouvement initié des U.S.A. dans les années 80 [94],la photographie pauvre s'inscrit dans la mouvance de la post-modernité comme une esthétique intégrant tradition et novation par le jeu de la citation ou plus précisément d'une relecture en forme d'état des lieux de l'histoire du médium photographique. L'exploration raisonnée des techniques primitives de prises de vue par des photographes souvent dotés d'une culture scientifique de l'image s'inscrit également dans une critique implicite de l'atrophie de l'expérience que génère une technique actuelle de plus en plus sophistiquée. L'archétype étant l'aspect rudimentaire, voire la rusticité du sténopé à comparer avec le luxe ostentatoire des appareils photographique moderne.

La photographie est un rapport entre un individu (l'opérateur photographe) et une situation. Il s'ensuit des questions de choix : choix du regard comme, ensuite, choix de la présentation, le résultat étant l'œuvre photographique.



[94] L'internationale de la photographie pauvre doit énormément à Eric Renner (1941- ) qui fonda en 1984 un centre de recherches et de ressources concernant le sténopé, The Pinhole Resource (Star Route 15, Box 1355, San Lorenzo NM 88041, U.S.A.), et en 1985, The Pinhole Journal, le bulletin de liaison du groupe.

Mais, l'utilisation d'un sténopé implique des données supplémentaires, des nouveaux choix, en amont de ce processus que nous venons de décrire : ceux de la détermination des paramètres physiques et optiques, puis de la construction des boîtiers par exemple, qui consiste à créer ou à convertir un objet ou un espace en sténopé selon un projet plastique déterminé. Sachant que ce sont les caractéristiques techniques des boîtiers qui déterminent avant toute chose et par substitution le regard de l'opérateur, il en découle que les contraintes techniques inhérentes à la photographie pauvre font partie intégrante du propos plastique et sont étudiées à ce titre par l'opérateur.

  • Difficultés de cadrage, l'intuition remplaçant la visée.
  • Temps de pose long, nécessitant de nombreux essais préliminaires.
  • Qualité médiocre du «piqué», les tirages sont flous.
  • Profondeur de champ infinie, possibilité de photographier de très près.
  • Absence totale de déformation perspective (image orthoscopique).

Bien que la formation de l'image prenne appui sur une réalité extérieure, l'acte de photographier avec un sténopé reconduit plus à lui-même qu'à cette réalité en la questionnant moins sur son aspect visible que sur sa visibilité. En définitive et ontologiquement, l'image répond avant tout aux critères de la machine qui la produit.

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