Ainsi, écrit Manetti :

«Ce trou, était aussi petit qu'une lentille du côté de la surface peinte, alors qu'à l'envers, il s'élargissait en pyramide comme un chapeau de paille féminin et sa circonférence atteignait la mesure d'un ducat ou un peu plus. Celui qui regardait devait appliquer l'œil au revers, là où le trou était large, et il fallait en même temps qu'il l'ajustât d'une main contre l'œil et que l'autre soutînt face à la peinture un miroir plan pour que celle-ci puisse se réfléchir ; l'espace entre le miroir et la seconde main s'étendait en brasses minuscules d'une façon proportionnelle à la distance en brasses réelles entre l'église Saint-Jean et l'endroit d'où elle semblait avoir été représentée, si bien qu'en la regardant grâce, en outre, à toutes les autres circonstances – l'argent bruni, la place, le point exact -, on aurait pu la prendre pour vraie.» [81]

Suivre ce protocole de vérification en ayant à l'esprit qu'il puisse être l'exacte symétrie Mise en situation du dispositif de la procédure de la construction du panneau pourrait confirmer notre hypothèse car comme l'écrit Jean-Pierre Huet :

«Si en avant de la chambre noire, et à la même distance, sténopé/fond de la chambre, et parallèlement à cette dernière, on dispose une vitre, la perspective qui pourrait être tracée à partir du sténopé comme point de vue, serait identique à l'image formée au fond de la chambre noire : «l'identité absolue de cette image avec la perspective obtenue résulte du



[81] Antonio de Tuccio Manetti, opus cité, p. 63.

fait que les traces d'un faisceau de droites concourantes sur deux plans parallèles, symétriques relativement au point de concours forment des figures superposables.» [82]

La première remarque concerne la forme conique du trou qui est à rapprocher des observations, rapportées et vaguement expliquées par Aristote dans ses Problemata puis par les perspecteurs médiévaux avant d'être démontrée expérimentalement (une autopsia) par Johannes Kepler au début du XVIIe siècle, à savoir que les rayons du soleil perçus pendant une éclipse de soleil à travers la frondaison d'un platane dessinent des lunules sur le sol. Il résoudra ce problème en expliquant que deux cônes se rejoignent par les sommets dans le petit espace de l'orifice, la base de l'un se situant dans le soleil et la base de l'autre sur le sol. De ceci découle la forme conique, la base de celle-ci se situant du côté de l'écran, que doit prendre le trou d'une chambre noire à sténopé pour optimiser le passage des rayons lumineux. Dans la description de Manetti ce concept est inversé pour permettre à l'œil d'approcher au plus prés le point de fuite, mais Brunelleschi faisait aussi certainement l'analogie de l'œil avec l'écran.



[82] Clerc Louis Philippe, La Technique photographique, tome I, p.37, éd. Paul Montel, Paris, 1942, cité par Huet Jean-Pierre, Photographie à sténopé et perspective, p. 2, inédit.

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