Cette catégorie au goût de la nouvelle classe montante, la bourgeoisie, privilégie comme dans l'œuvre de Vermeer de Delft (Delft 1632- id. 1675) [36] l'aspect descriptif et réaliste d'un univers domestique imprégné d'une lumière naturaliste. Une des principale innovation de la camera obscura durant cette période est la réduction de ses dimensions pour la rendre portable et permette ainsi, son utilisation sur le motif [37].

Le réalisme par exemple, de la perspective aérienne du paysagiste hollandais, Meindert Hobbema (Amsterdam 1638- id. 1709) dans l'Allée de Middelharnis en 1689 ne procède plus d'une opération mentale mais bien optique. L'engouement pour ce style de représentation illusionniste influença en retour l'approche de l’aménagement des jardins. Alexander Pope (1688-1744) qui conçu le premier jardin paysager dans le parc de sa propriété de Twickenham comme un microcosme édénique du monde, incorpora dans son projet une grotte à vocation poétique où précise-t-il dans une lettre, datée de 1725, à Edmont Blount :

«Dès qu'on ferme les portes de la grotte, elle devient à l'instant une chambre obscure, où la Tamise et toute la scène qui l'environnent, les vaisseaux, les montagnes et les bois viennent se peindre et forment une espèce de tableau mouvant.» [38]



[38] Pour plus d'informations se reporter au livre de Baltrusaitis Jurgis, Aberrations, les perspectives dépravées - I, en particulier l'essai

La France n'est pas épargnée par cet engouement, l'édition posthume de 1652 de la Perspective curieuse ou magie artificielle des effets merveilleux de Jean-François Nicéron (Paris 1613- Aix-en-Provence 1646) [39] contient une abondante documentation technique sur les camerae obscurae qui renoue avec la tradition magique du procédé. Il est en particulier fait mention d'une chambre noire installée sur pilotis à la Samaritaine, près de la seconde arche du Pont-Neuf, du côté du Louvre, qui s'intégrait à un contexte de spectacles forains, et son utilisation remarque Nicéron relevait plus de la charlatanerie que de la science [40].



sur les jardins et pays d'illusion, Champs / Flammarion, n° 617, Paris, mai 1995, pp. 199-269.

[39] La perspective curieuse du Révérend Nicéron …avec l'optique et la catoptrique du R. P. Mersenne, du même ordre, mise en lumière après la mort de l'autheur, Paris, 1652. La première édition date de 1638. Elle est suivie, après la mort de Nicéron, en 1646 d'une version latine augmentée, Thaumaturgus opticus, seu Admiranda optices per radium directum, catoptrices per radium reflectum, Paris, qui a servi de base aux éditions posthumes françaises de 1652 et 1663.

[40] Se reporter au livre premier de la version de 1652, Expérience optique qui enseigne parfaitement la perspective, pp. 21-24.

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