Nous devons la première contribution sérieuse à l'explication du phénomène relevé par Aristote [11] , au savant arabe Abouy Ali Al Hassan Ibn Al Haytham de son prénom latinisé Alhazen (né à Bassora en 965, mort en 1039 au Caire). Considéré comme l'un des pères fondateurs de l'optique (la perspective naturelle), il fut le premier scientifique à faire l'observation d'une éclipse de soleil dans une chambre noire Chambre noire, Kitab al-manazir (0ptica), XIe siècle [terminologie] . Son Essai sur la forme d'une éclipse [12] était introduit par ces mots :

«L'image du soleil au moment de l'éclipse, à moins que celle-ci soit totale, démontre que, quand sa lumière passe au travers d'un trou rond et étroit, et qu'elle est projetée sur un plan opposé au trou, elle prend alors la forme d'un croissant de lune.



[11] En 830, le calife abbasside Al- Ma'mun fonde le bayt al-hikma (maison de la sagesse) à Bagdad, à la fois bibliothèque, académie, office de traductions, doté d'un observatoire. Ce centre permettra la traduction et la diffusion dans la sphère arabe de manuscrits persans, indiens et surtout de la science et de la philosophie grecque. Au cours de cette période le philosophe arabe adepte du mu'tazilisme, Abu Yusuf Ya'qub b. Ishaq al-Kindi (Kufa v. 796 Bagdad v. 873) fut l'initiateur de la traduction en arabe de nombreux manuscrits grecs et de leurs introductions (Platon et Aristote) dans la pensée musulmane.

[12] Fî sûrat al-kusûf.

L'image du soleil montre cette particularité seulement lorsque le trou est étroit. Lorsqu'il est plus large, la représentation change et se modifie d'autant plus que l'élargissement augmente. Lorsque l'ouverture est large, l'image du croissant disparaît et la lumière prend la forme ronde du trou.» [13]



[13] Ibn al Haytham (Alhazen), On the form of the eclipse, History of photography, éd. J. M. Eder, 8th éd., Columbia University Press, New-York 1945, p.36. Traduit de l'anglais par François Erdocio et Nicolas Anquetil.

[terminologie] Pour éviter toute confusion et par convention, nous définirons une chambre noire comme une pièce d'habitation ou une boîte obscurcie ne comportant qu'une petite ouverture que l'on nomme un sténopé (appellation attribuée à F. W. Mills, 1895), en anglais pinhole (trou d'épingle, appellation attribuée à Sir David Brewster, 1856) qui permet de projeter sur la partie opposée au trou, l'image inversée de l'extérieur. Une camera obscura (appellation attribuée à Johannes Kepler, 1604) est une chambre noire qui comporte une ou plusieurs lentilles. Théoriquement, on peut employer ces noms indifféremment.

Vous êtes ici : Le sténopé > page 3/16.